Partager l'article ! Expérience à bord de la Bugatti Veyron Super Sport: Le métier de journaliste automobile s'apparente pour beaucoup ...
Le métier de journaliste automobile s'apparente pour beaucoup à un métier de rêve. Même si ce n'est pas tous les jours faciles (et oui, il faut bien essayer aussi les Logan, Panda ou autres C1...), il y a de véritables moments exceptionnels que certains sont amenés à vivre. Et ne croyez pas que ces professionnels aguerris ne soient pas quelque peu impatients voire impressionnés avant de tester certaines supercars.
C'est le cas de James, journaliste pour le magazine Sur la Terre - Middle East, qui a eu la chance et surtout le privilège de faire partie des quelques journalistes qui ont pu tester le dernier modèle de Bugatti, la Veyron Super Sport. Il faut dire que le bolide a de quoi impressionner avec ses quelques 1.200 cv, 1.500 Nm de couple, sa vitesse de pointe de 415 km/h et surtout son tarif de plus de 2 millions d'euros.
Récit de son expérience en Andalousie au sud de l'Espagne à bord de la Super Sport:
" Il est 5 heures du matin et je suis réveillé. Tout ce que je peux entendre sont les quelques bruits de la campagne andalouse derrière la fenêtre de mon hôtel. Mon esprit est déjà concentré sur ce jour peu ordinaire. En effet, j'ai droit à la dernière née de Bugatti, la Super Sport, pendant une journée entière. Mon essai ne se fera pas avec la Super Sport noire et orange au look psychotique qui a catapulté Pierre-Henri Raphanel à 431 km/h pour le record du monde, mais avec une version bi-ton gris aluminium et carbone bleu laqué, moins ostentatoire. La voiture exhume malgré tout un air malveillant à peine dissimulé. C'est un véhicule qui est certes en métal mais qui a une véritable présence.
Je contemplais la voiture lorsque Loris Bicocchi, metteur au point du véhicule, arrive en me mettant dans la main la clef avec le logo Bugatti et m'invite ensuite à m'asseoir dans le siège du conducteur.
Rien ne peut vous préparer à la sensation que vous aurez lorsque vous prenez place pour la première fois dans le cockpit d'une Bugatti Veyron. Je suis fier de rapporter que la sensation grisante créée par l'odeur du cuir fin et la sensation de puissance ressentie assis derrière le volant ne diminue pas la seconde fois que vous montez dans une Veyron [NDLR: James avait déjà essayé la Grand Sport quelques mois plus tôt]. En outre, ce concert d'odeurs et de sensations va crescendo quand vous tournez la clef gainée de cuir et que vous appuyez sur le bouton "Start" qui donne vie au moteur dans un grondement sourd.
Dès les premiers kilomètres avec la Super Sport, on ressent qu'elle offre un contrôle des roues notablement plus précis ainsi qu'une direction avec plus de répondant. Lorsqu'on aborde des virages serrés, il n'y a ni roulis ni tangage et seulement un très léger sous-virage. Cependant, on peut ressentir les 1.48 G d'accélération latérale lorsqu'on négocie un virage. Dans les routes sinueuses des collines andalouses, la Super Sport n'a ainsi rien d'une mule. En plus de son incroyable accélération entre chaque tournant et de la puissance de décélération gargantuesque des freins céramiques ultra répondants, la Bugatti colle à la route, apparemment sans effort...
En redescendant des collines, on s'aperçoit que la Veyron est vraiment une voiture à la portée de tous, aussi bien capable d'une excellente maniabilité à faible allure que de se montrer redoutable à haute vitesse. Le seul problème notable avec la voiture lorsqu'on conduit lentement dans les zones habitées est sa propension à attirer l'attention! Contrairement à la majorité des supercars, elle n'attire pas la jalousie et la contrariété, mais l'admiration et une reconnaissance enjouée comme lorsqu'on est en présence de la noblesse [NDLR: Le propriétaire de la Veyron #501 m'avait déjà rapporté ce sentiment étrange lors de son interview]. A chaque fois que la Veyron s'arrête, c'est comme une scène de La Colline a des Yeux . Des hordes de spectateurs arrivent de nul part, avec leur portable à la main pour prendre des photos. Habitué à ce type d'exercice, Loris discute aimablement avec les admirateurs.
A l'extérieur du village, la route s'ouvre, me permettant finalement de mettre le pied au plancher pour expérimenter à nouveau la pure joie que procure une Bugatti en pleine accélération. Même si les routes andalouses ne m'ont pas permis de reproduire la vitesse de pointe que j'avais atteinte à Doha avec la Grand Sport, la force d'accélération pour atteindre 220 km/h avant de freiner légèrement pour aborder un virage large m'ont fait verser des larmes de plaisir.
Mais pour moi, la qualité majeure de la Veyron demeure la façon de mener cette incroyable voiture qui, d'une part, vous fait dresser les cheveux sur la tête et, d'autre part, vous en fait ressortir en criant de joie. Les ingénieurs de Bugatti qui, 5 ans plus tôt, avait poussé l'ingénierie automobile à son zénith ont réussi une dernière fois à encore repousser les limites.
Lorsque j'ai tourné la clef pour la dernière fois et entendu le moteur s'éteindre derrière moi, j'ai réalisé que c'était la fin, non seulement de ma journée avec la Super Sport, mais aussi du génie de la Veyron dans son ensemble. On dit qu'une étoile brille toujours plus fort avant de s'éteindre et la Bugatti Veyron Super Sport est l'incarnation terrestre de cette théorie. Cette réalité m'a soudainement frappé et mon humeur joyeuse s'est teintée d'une touche de tristesse.
En effet, en raison du modèle éco-responsable actuel, c'est probablement la dernière fois que nous pourrons avoir des véhicules comme la Veyron... Ma mélancolie est aussi liée au fait que je sais que, personnellement, je ne posséderais jamais un de ces incroyables véhicules.
Quelques uns de ceux qui liront cet article possède peut être une de ces spectaculaires automobiles et la seule chose que je leur demande est de ne pas les enfermer dans un garage à prendre la poussière. Ne laissez pas seulement les quelques chanceux journalistes donner vie à la Veyron à travers les mots et les photos. C'est à vous de garder vivante la légende et de la conduire comme elle le mérite..."
Bien entendu, je souhaite adresser un très grand remerciement à James pour le partage de son superbe récit, dont j'espère que la traduction que j'ai réalisée aura permis de retranscrire avec fidélité toutes les pensées.
James et moi remerciont également vivement Herbert Villadelrey pour ses très belles photos.
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